Actu Immo : zoom sur les indicateurs de la construction
Les entreprises continuent à souffrir du ralentissement de l’activité. Toutefois, les pertes d’emplois et les défaillances étaient un peu moins nombreuses au début de l’été qu’au premier trimestre. Côté marchés, les énergies renouvelables ou le logement étudiant sont pleins de promesses tandis que les secteurs traditionnels – logement ancien et l’immobilier d’entreprise – restent déprimés, quoiqu’en timide amélioration. Des plus, des moins : comme le résume Xavier Huillard, le patron du numéro un mondial du BTP, « nous sommes dans l’entre deux ».
I) Les entreprises du BTP
Construction : Un peu moins d’emplois perdus au deuxième trimestre
La construction a perdu 11.300 emplois salariés hors intérim (- 0,8%) au deuxième trimestre, soit un peu moins qu’au premier trimestre (13.300, – 0,9%), selon les dernières statistiques de l’Insee et de la Darès. C’est le troisième trimestre consécutif de baisse dans le secteur. Sur un an, 27.000 emplois ont disparu dans le BTP (- 1,8%), toujours hors intérim, à 1.456.500.
Si l’on intègre l’intérim, 12.900 emplois salariés ont été perdus au deuxième trimestre mais là aussi moins qu’au premier trimestre (26.200).
Commentaire : De tous les secteurs du baromètre Manpower en France, les employeurs de la construction sont ceux qui se sont montrés les plus pessimistes quant à l’évolution de l’emploi au quatrième trimestre 2009 : le solde net des réponses positives et négatives s’établit à – 7%. C’est le résultat le plus faible depuis le lancement de ce baromètre, au troisième trimestre 2003.Au niveau national, il s’établit à – 1%.
BTP : Ralentissement de la hausse des défaillances au premier semestre
8.845 entreprises ont été défaillantes dans la construction au premier semestre, soit 16,3% de plus qu’au cours des six premiers mois de l’année 2008, selon Euler Hermès. « La hausse tend à ralentir après l’hécatombe de 2008 (+ 21,5%) », analyse l’assureur crédit. Sur douze mois, il dénombre 16.489 défaillances dans le BTP.
Néanmoins, ajoute Euler Hermès, dans certains secteurs (terrassement, maçonnerie), dans les travaux de second œuvre et de finition (plâtrerie, menuiserie, peinture, revêtement de sol), la progression dépasse les 20% par rapport au premier semestre 2008.
Dans l’immobilier l’accroissement est très spectaculaire en taux + 59,5% au S109/S108 et sur douze mois, mais il porte sur un nombre bien plus faible d’entreprises (1.396 défaillances au premier semestre et 2.510 en douze mois).
Au cours des douze mois terminés fin juin, Euler Hermès dénombrait 63.168 créations d’entreprises dans la construction (+ 7%), qui représentait encore 14% des créations totales en France. Dans l’immobilier, elles sont en recul de 11% (à 15.787).
Commentaire : 66,3% des entreprises créées en 2002 dans la construction étaient encore en vie 3 ans plus tard et 50,8% 5 ans plus tard. Des scores somme toute comparables à ceux du total des secteurs (65,5% et 51,9% respectivement).
La production française d’acier en forte baisse
La production française d’acier s’inscrit en baisse de 40,3% au cours des 8 premiers mois de 2009 comparés à la même période de 2008, à 7,793 millions de tonnes, selon la FFA. En juillet, elle a reculé de 36,5% sur un an, à 1,1 million de tonnes. En août, la production s’est établie à 824.000 tonnes, en repli de 37,1% par rapport à août 2008.
II) Les marchés
Energies renouvelables : stagnation des nouveaux raccordements
Les raccordements d’éolien ont nettement baissé au deuxième trimestre (195 mégawatts contre 270 mW au premier trimestre et 215 au deuxième trimestre 2008). La puissance installée raccordée dépasse désormais les 4000 MW France entière mais restent un peu en dessous en métropole (3967 MW). Dans le photovoltaïque, les installations raccordées ont stagné au deuxième trimestre, à 27 MW. La puissance raccordée au premier semestre 2009 (54 MW) est en hausse de 265% par rapport aux six premiers mois de 2008. Au 30 juin 2009, le parc raccordé atteignait 134,5 MW France entière, dont 106,5 en métropole.
Commentaire : La Picardie est la première région dans le vent avec 14% des puissances éoliennes raccordées. PACA, Languedoc-Roussillon et Pays de la Loire totalisent la moitié des puissances photovoltaïques raccordées en métropole.
Immobilier d’entreprise : à l’image de l’économie
« Le marché des bureaux tarde à redémarrer », a reconnu Marc-Henri Bladier de CBRE en présentant les chiffres des 8 premiers mois de 2009, qui font apparaître une baisse de 31% de la demande placée par rapport à l’année précédente, à 1.068.400 m2. Juillet a été d’un niveau « correct » mais août a été quasiment nul (18.000 m2). Les grandes surfaces continuent à soutenir le marché (33 en 8 mois contre 44 il y a un an) tandis que les petites et moyennes surfaces dans Paris et le centre Ouest se sont maintenues. Les plus fortes baisses se situent sur le créneau des 500-1000 m2 et sur les 3000-5000 m2 à Paris et dans l’ouest. Les professionnels, qui s’attendent à une pénurie d’offre neuve en 2011, tablent sur une demande placée de 1,7 à 1,8 million de m2 en 2009. Les loyers vont continuer à reculer fin 2009 et pendant une bonne partie de 2010.
Dans la logistique, le bilan n’est « pas bon », selon Didier Malherbe qui espère pourtant une reprise au premier semestre 2010. Dans la logique du développement durable, il s’attend à l’émergence d’un « concept nouveau » : la logistique urbaine, « un produit urbain, plus de flux et multiclients ».
Pour l’investissement, Antoine Derville pense qu’ »on a touché le fond », avec 3,4 milliards sur 8 mois (- 60% sur un an). « Les investisseurs veulent racheter mais ne prendre aucun risque », estime-t-il, notant « des premiers signaux encourageants de déblocage ». Il note une montée en puissance des investisseurs privés – échaudés par la Bourse – qui représentaient 10% des montants investis en 8 mois
Logement : Les prix baissent à Paris aussi
Très mauvais signe au marché : partie de la province, la baisse des prix des logements anciens a contaminé jusqu’à Paris, dont tous les arrondissements reculent. L’Insee et les notaires annoncent un repli de 2,7% en France métropolitaine au deuxième trimestre, se ventilant entre – 3,5% pour l’Ile-de-France et – 2,3% en province. Sur un an, les reculs sont respectivement de 9,3%, 9,2% et 9,4%. Dans la capitale, la baisse s’accentue : – 4,2% au deuxième trimestre après – 2,6% au T1, soit – 7,8% sur un an. Le recul de l’activité est très spectaculaire : en mars 2009, l’Insee dénombre environ 600.000 transactions sur l’année, en recul d’un quart. Mais ces chiffres portent sur des promesses de ventes conclues au creux de la crise économique, à la fin de l’hiver. Aujourd’hui, les notaires de la chambre de Paris constatent un regain d’activité dans leurs offices et ils tablent sur une baisse limitée à 20% du nombre de transactions sur l’ensemble de 2009 et de 8 à 12% pour les prix.
Commentaire : Un débat agite le petit monde du logement sur la représentativité des statistiques publiées par les uns et les autres, notamment la Fnaim. L’Insee est montée au créneau pour défendre celles des notaires : en Ile-de-France, elles représentent environ 85% des transactions réalisées et 60% pour la France entière. Jusqu’au nouveau secrétaire d’Etat au Logement, Benoist Apparu, qui s’émeut de la faiblesse statistique dans le logement.
Zoom sur le logement étudiant
On dénombrait en 2008-2009, 2,2 millions d’étudiants qui, dans 60% des cas, quittent le domicile parental pour poursuivre leurs études (soit 1,32 million). Face à eux, l’offre de logements collectifs étudiants recensée par CBRE dans une étude, est composée de 300.000 lits se décomposant entre 90.000 lits dans le parc privé et 210.000 dans les résidences gérées par les Crous, soit en direct (160.000 lits dans 600 résidences) soit pour le compte d’organismes HLM (50.000). Dans les 15 principales villes, cette offre est composée de 83.000 lits dans le public et 62.000 dans le privé, soit un manque estimé à 842.000 lits. CBRE estime donc que le logement étudiant est « un produit particulièrement attractif et peu sensible à la conjoncture ».
Le revenu des étudiants résidant chez leurs parents est de 354 euros/mois en moyenne contre 558 euros pour ceux qui habitent des résidences collectives publiques et 800 euros en logement individuel privé. Mais un étudiant sur trois reçoit une aide au logement (APL ou ALS) : elle varie entre 152 euros et 197 euros pour un étudiant vivant seul en résidence privée non conventionnée ; la bourse d’un étudiant oscille entre 158 euros/mois et 446 euros/mois sur 9 mois.
III) Le chiffre de la semaine
2.105
réclamations ont été déposées au premier semestre par des consommateurs auprès de la DGCCRF sur les questions touchant à l’« énergie, eau et assainissement », soit un peu moins qu’au second semestre 2008 (2.223). La DGCCRF classe pourtant cette rubrique parmi les « points de vigilance ». En clair, sous surveillance.
IV) La phrase de la semaine
« J’ai le sentiment que l’on est dans un entre-deux. C’est pourquoi nous hésitons tous sur le discours à tenir. D’autant que cet entre-deux a des couleurs différentes d’un pays à l’autre. Nous cheminons en quelque sorte sur une ligne de crête où chacun se demande si on va basculer d’un coté ou de l’autre.»
Xavier Huillard, administrateur-directeur général de Vinci, à propos de la conjoncture, dans La Tribune du 8 septembre 2009
Françoise Vaysse | Source LE MONITEUR HEBDO
